L’échappatoire spirituel

La spiritualité demeure une voie attirante pour quiconque éprouve des difficultés et un mal de vivre. Elle promet une vie heureuse et sans souffrance en explorant notre dimension inviolée. Ils sont légion à suivre une voie spirituelle et pratiquer la méditation pour anesthésier des souffrances qu’ils sont incapables d’accepter. Au lieu de faire face, de ressentir, d’assumer, puis de guérir définitivement, ils fuient leur mal en s’engourdissant dans une spiritualité éthérée et désincarnée. La spiritualité est pour la plupart d’entre nous un premier pas vers la reconquête de soi et l’apprentissage de la sagesse de mieux vivre en ce monde.

J’ai débuté ma quête spirituelle alors que j’étais égaré et souffrant. J’avais besoin de vérités et de réponses à mes questions. La religion ne meRésultats de recherche d'images pour « paix intérieure » nourrissait pas telle qu’elle était enseignée et j’avais éperdument besoin de donner un sens aux absurdités de mon existence. C’est dans la transcendance et la découverte d’une dimension plus vaste de moi-même que j’ai débuté ma guérison. J’étais peut-être en fuite à mes débuts, mais la responsabilisation de soi qu’exige la voie intérieure m’a fait perdre mes illusions de désincarné.

La rencontre de l’âme et de sa vastitude ne suffit pas pour mener une vie sage et sereine au milieu des tribulations de nos vies. Beaucoup de yogis expérimentés en méditation sont incapables de vivre comme la plupart de gens, c’est-à-dire avec des responsabilités familiales, matérielles et professionnelles. Ils vivent à l’écart du monde et par conséquent connaissent mal les rouages de celui-ci. De même, quantité de maîtres spirituels baignant dans une aura de toute puissance sont bien souvent des gens narcissiques ignorant tout de l’éducation des enfants, de la finance et de la vie de couple.

Le défi de la voie intérieure est de vivre au quotidien notre grandeur céleste dans un ego terrestre. Aimer et rester en paix au milieu de notre vie familiale et professionnelle demeure une réalisation remarquable qui nécessite des années de transformation du cœur et de l’esprit. Accepter que notre identité transpersonnelle s’exprime invariablement à travers une personnalité, un corps et une vie imparfaite pleine de limitations. Assumer que malgré la sagesse et la connaissance des lois de la vie et de la mort, la souffrance nous rendra visite afin de nous apprendre quelque chose sur nous-mêmes.

L’être humain veut la partie jouissante de la vie sur terre mais refuse la partie souffrante. Ce refus est la cause de sa fuite, de sa paralysie émotive, de sa peur de vivre et sa de crainte d’aimer. La spiritualité fait parfois partie de ce refus. En s’engageant sur une voie spirituelle, qu’elle soit monastique, religieuse, yogique ou ésotérique, quelque part en nous peut se cacher un besoin de nier, de ne pas ressentir, de ne pas accepter notre passé ou notre histoire personnelle.

L’éveil est une connaissance de soi et une intégration du moi transcendant qui permet une pleine stabilisation de l’esprit dans l’ici et maintenant parfaitement paisible. Cet éveil n’est pas un ailleurs paradisiaque mais plutôt un détachement des jouissantes du ciel et de la terre ; un espace de la conscience où nous sommes pleinement assumés. Un centre en nous-mêmes où nous ne sommes ni attirés par la souffrance ni attirés par la jouissance. Nous sommes maîtres des deux et par conséquent nous y sommes plus soumis.

Paul Beaudry